humeur

Le respect par omission.

Je suis comme ça, je juge, je mets des étiquettes. Je ne sais pas comment faire pour éluder la hiérarchie. Je la respecte ou je la défie, mais je ne sais pas faire sans elle. Après 12 ans passés au Québec, je ne sais toujours pas comment l’ignorer. Comment ne pas juger les autres. J’ai juste appris qu’il faut que je me retienne, que je n’affiche pas mon jugement. Essayer de ne surtout pas montrer ce que j’en pense, si ma pensée n’est pas dégoulinante de gentillesse et de positif… J’ai peur qu’on ne me catalogue de “jugeur”, le plus impardonnable des pêchés dans cette société hypersensible aux qualifications négatives. Cette société où, si tu te critiques toi-même, le réplique est prompte: vous devriez aller consulter un psychiatre.
Et voilà que je passe mes journées à faire semblant, avec l’autre peur désormais, celle que mon jeu ne soit pas trop transparent, ce que du coup offenserait encore plus.
Du moment où on ajoute la stupidité aux tabous, il dévient impossible de monter la garde contre la connerie. On a banni l’humour dans la traite des cons. Mais parfois j’ai besoin d’être un “facho contre la bêtise”, j’ai besoin de dire haut et fort qu’un con c’est un con. Même si parfois c’est moi la “victime”. Cela me soulage, me redonne le sentiment de normalité dans cette société qui m’étouffe avec son politiquement correc’.

Lorsque j’ai affaire à une infirmière d’une sottise ravageuse, faut-il absolument que je m’efforce à apprécier sa fuyante intelligence ? Ou alors, encore pire, il faut que je la respecte parce que, selon le principe universel: “Toute personne mérite le respect”. Quelle ineptie! Si vous considérez que je l’offense en l’évaluant le plus objectivement possible, alors j’assume mon rôle de “jugeur facho et rétrograde”. Et seuelement à partir de ce moment-là j’ajoute à mon appréciation objective un chaleureux: “Et puis je vous emmerde, les cons!”


les qué-qué bé-bé quoi-quoi. Avec ça, j’ai tout dit. Voire le double…


Montréal est une grande ménagerie
(les gens se ménagent trop les uns les autres).
tout comme Montréal est une grande déménagerie
(ils changent trop de logement).


sous leurs efforts de faire racé, les québécoises ne sont que des paysannes dégourdies.


les québécois sont un peuple étonnement tolérant pour aussi simples d’esprit qu’ils soient.

le Québec est le pays de la périphrase comme béquille approximative (impromptue).


le syndrome Côte de Neiges: comme de dire le syndrome Stockholm. L’immigrant finit par adhérer à la condition misérable du cartier. Il l’aime et il l’embellit et ne veut plus s’échapper.


les québécois sont un peuple d’aveugles. Parce qu’ils “écoutent” la télé… En même temps, c’est normal, leur chaîne nationale s’appelle Radio Canada. Qui plus est, elle abandonnera bientôt les ondes hertziennes… Mais bon, l’histoire c’est l’histoire, et non pas de la tautologie. Trouvons-leur cette excuse, que le passé nous transmet les coutumes avec tout leurs lots de parasites intestins.


au Québec, la vente de l’usagé est un sport national. (sur fond historique de pauvreté, je pense). on dirait que l’on s’échange des guenilles afin de se donner l’impression de se renouveler le garde-robe. la vente de garage est le temple de la promiscuité et le confessionnal de l’usure.


je sais pas comment vous le dire, mais je ressens une sorte d’ l’ostie-lité envers les québécois.

au Québec, les affaires de corruption se mouche-à-mardisent.

en Roumanie on disait : t’es stupide comme une bûche; pour se moquer des Africains on disait qu’ils sont à peine descendus des arbres. et les Québécois, où on en est avec eux-autres: les Québécois c’est un peuple qui vient de quitter sa clairière.

et puis ça s’améliore pas…
la nouvelle vague de citoyens canadiens :
brown dandies in snickers,
des dandys couleur café en baskets,
pour redonner un peu de couleur au lait suri québécois…

Il y a ce truc chez les Québécois : ils sont civilisés juste superficiellement, ils n’ont qu’une mince croûte de courtoisie. Si quelque chose les gratte un peu, in sont complètement perdus, car la civilisation signifie aussi savoir être hostile, savamment méchant, alors que les Québécois sont passés directement du noir au blanc, quand ils ne sont pas polis ils redeviennent juste sauvages. Une société sans malice est à mon avis une société déséquilibrée… Pas moyen d’avoir un conflit avec un québécois, pas moyen de développer une solide relation de mépris, de se détester poliment. Si un différend pointe son nez, un Québécois fera tout ce qu’il peut pour l’éteindre. C’est méchant, mais cela me fait penser à tous ces chiens que leurs maîtres attachent devant les épiceries du coin, et qui sont incapables du moindre signe d’agressivité, signe de leur intégrale domestication.

lorsque vous n’arrivez pas à saisir l’argument du gars d’à côté, c’est parce vous ne maîtrisez pas encore l’inégalable et l’irreproductible logique des coureurs de bois.

quand je pense au drame permanent des Québécois, qui, élevés dans le moule de l’individualisme postmoderne, ressentent l’irrépressible envie d’annihiler sur le champ toute chose qui viendrait importuner leur existence. ils doivent faire preuve d’un effort surhumain afin d’étrangler cette envie, et d’éviter toute manifestation violente. et devinez quoi, ils y arrivent, mais alors au prix de quelles frustrations ! immergé dans la société québécoise, j’avais l’impression de me promener dans un champ de smashing pumpkins à retardement. J’étais conscient que la majorité d’entre eux étaient hors service (à force de se retenir aussi longtemps le mécanisme se nique) mais le paranoïa généralisé me gagnait à chaque fois : et si le légume caractériel d’à côté m’éclatera dans la figure ?

je remercie la société québécoise qui, par ses tares insolvables, ne m’a jamais permis de vraiment poser mes valises. devant le bien-être de cette modestie existentielle qu’il m’a été impossible d’adopter, j’ai toujours soupiré : -ah, si j’étais un autre… tout était si tentant, si à portée de la main, et pourtant ma main s’est obstinément dressée dans un geste de refus… quand je pense que si des malheurs personnels, indépendants de cette texture sociale n’étaient pas intervenus, je serais resté cloué sur place, toute ma vie, les valises à la main… allez expliquer cela à mon ex-femme qui rêvait d’une table de salon en verre de chez Roche Bobois.