1998 – la morsure capitonnée

scriitură fragmentară, 1998, Canada
cuprinde 105 poeme în proză, în franceză.
există și versiunea în română.
inspirată de și dedicată a două persoane distincte,
cartea cuprinde două părți, și poate fi descărcată integral de aici.

o selecție :

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(1.1) Je te décris laborieusement, alors que tu es tellement présente,
comme si j’ôtais un à un les mots qui couvrent tes derniers secrets.

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(1.2) Comme c’est étrange, un seul champignon
a poussé après la pluie de caresses.

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(1.3) En regardant tes genoux je songe qu’ils valaient bien
que l’homme perde une côte, même si ce n’était que pour eux.

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(1.4) Pour recueillir les graines de l’amour
nous devons nous rouler sur ce tapis de trognons.

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(1.5) Mon sommeil s’achève brusquement, comme une pelote
avec laquelle ton souffle léger me tricote une laisse de tendresse.

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(1.6) Parfois nous devons intervenir, séparer les corps, détachés de nous,
épris comme des bêtes qui se disputent le primat du plaisir.

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(1.7) Les phrases que tu n’habites pas ne sont plus que des coffrages
qui se veulent remplis d’allusions. Bâtir est devenu immédiat.

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(1.8) Comme tout serait facile si je possédais une feuille de dimensions respectables,
si je pouvais t’immerger dans l’encre et te rouler sur le blanc papier…
Ta peau a une certe teinte narrative.

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(1.9) Mettant à profit la panne de courant,
tu laisses, astucieuse, la nuit emprunter ton corps,
m’attirant dans le piège d’être tenté de te tromper avec toi-même.

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(1.10) Notre jeu consiste à nous éloigner le plus possible du feu,
sans qu’il cesse pour autant de nous consummer.
Nous brûlons pour boucler la boucle, pour mordre la queue de l’énergie.

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(1.11) Le désir nous attribue les rôles principaux et le matin nous trouve
dans les postures des personnages qui tout au long de la nuit
ont rongé des circonstances atténuantes.

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(1.12) Alors qu’une autre ère séismique s’éteint entre nous, reste le silence,
comme un rocher géant fendu dans l’axe des gémissements de tout à l’heure,
imprimés dans la quiétude minérale comme des fougères préhistoriques.

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(1.13) Comment pourrais-je un seul instant mettre en doute l’authenticité
de ton orgasme alors que tu as rempli la baignoire
de l’écume de voyelles encore inconnues des humains.

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(1.14) Ecroulé dans tes cordes vocales, avant de perdre connaissance,
je parviens à entendre ta langue qui énumère dans le creux de mon oreille
les exemples croissants des murmures organiques, humides.

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(1.15) Je me prépare pour le duel en tirant dans un cercle vicieux. Cible docile,
tes lèvres se laissent touchés par ma bouche, plus rapide que son ombre.

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“(2.1) Nous sommes juste des amants, de la race des mendiants orgueilleux et sublimes.

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(2.2) Tu es le filtre aphrodisiaque qui épouse la forme de toutes les robes dans
lesquelles tu te glisses. Je te sirote jusqu’à ce que, dépouillée, il ne reste plus
de toi qu’un solide acharnement à devenir éthérée dans mes bras.

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(2.3) Main dans la main avec la passion,
j’ai franchi le point où je ne crains plus mon regard.

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(2.4) Sur une distance d’une offrande de pas, tu restes la seule matière respirable.

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(2.5) Ta présence est partie faire le tour de mon absence…
En attendant des temps meilleurs, nous nous résumons
pour l’instant à avoir des rapports textuels.

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(2.6) Parfois nous faisons l’amour sans préméditation, si spontanément que
nous nous en rendons seulement compte juste après.

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(2.7) Ta main, en se promenant, légère, sur mon front, soudainement
m’arrache de l’esprit la racine du mot volupté.

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(2.8) Nous calculons l’extase, considérant chaque fois que les frictions
sont immenses, asservissantes, et nous avons en plus le culot de
nommer cela le cas idéal.

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(2.9) Tu es le stimulateur cardiaque envoyé par Dieu pour soutenir mon coeur tout à coup friable.

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(2.10) Un jour, irrévérencieux, je graverai un arbre sur ton coeur.

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(2.11)I might love you in this language too, but how tortuous for my clear feelings…
I might tell you : I’ll leave this light on for you; blow it out, if you will…

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(2.12) Je suis le vainqueur de ton âme. Me voilà venu pour me rendre à ma victime.

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(2.13) Tel un écolier zélé, j’ai aiguisé tous mes doigts et j’attends la
leçon de voluptés, afin de couvrir ta peau de couleurs.

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(2.14) Je peux apercevoir la phosphorescence de la passion. Dans le clair-obscur de la chambre, ton bermudique triangle aimerait engloutir avec des copeaux d’ombre ton insoluble nudité.

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(2.15) J’ai parfois l’impression qu’il existe des endroits où ma main ne s’est pas
encore reposée, mais je me rassure en me disant que ce n’est pas possible,
je me trompe; en fait, ces contrées se cachent de l’autre côté de ta peau.