2010 – retenue à la source

scriitură fragmentară, 2010, Maurițius
cuprinde 73 de poeme în proză, în franceză, netraduse.
poate fi descărcată integral de aici.

o selecție:

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Fin mai, dans les rues de cette bourgade insupportablement civilisée, marcher à côté de toi redevint une forme respectable de déplacement. Je décidai alors de garder la nage et l’envol pour mon dernier écart de jeunesse.

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J’ai vécu notre rencontre en amateur. Maintenant, je me rends compte qu’une kyrielle de détails me manquent. Les traces de notre contact squattent ce présent déserté par la bourdonnante illumination que tu dégageais sans y prêter attention.

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Je t’ai hissé au rang d’effigie interactive, et, je te le promets, à chaque fois que tu me rendra la pareille, je te renverrai à la figure tous mes efforts adulateurs.

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C’est facile d’être lyrique lorsqu’on a le droit de laisser gambader ses sentiments. Mais nous sommes sous le régime de l’insoutenable légèreté, et tu me soumets à un bien difficile exercice : tout en l’affichant, il me faut dompter l’effusion, il me faut brider la déclaration. Mes comparaisons boitent, et mes euphémismes sont contre nature…

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Il y a des questions que je ne pose pas encore, car tu y as déjà répondu. D’un côté comme de l’autre, nous nous cachons derrière des bourgeons qui n’entendent pas mûrir.

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Je compte les mots, mais le charme ne veut pas s’assoupir. Au milieu de mes cendres, il y a une braise que l’absence attise.

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Nous parlions. Avec l’assurance des dieux qui abordent des sujets terre à terre, nous nous inventions un présent aussi illicite que la mousse des premières impressions.

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Mes jambes continuent d’avancer, ignorant que l’heure du courtois agenouillement a sonné. J’examine une fois de plus la courte lignée de souvenirs. En patriarche, règne ton regard qui plaît sans prévenir.

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J’ai soudoyé les douaniers, ma cargaison hebdomadaire ne craint plus rien. De toute manière, la moisson d’opiacées prendra fin avec l’arrivée de la saison des plumes séchées.

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La chance passe, hautaine, avec sa cour de mendiants indignes. Elle porte une ombrelle et une robe en dentelle qui laissent entrevoir sa banale imposture. Nous ne lui devons pas notre rencontre sinon l’éclair qu’elle a laissé allumé.

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“Viens flamber ta joie – m’avais-tu invité – extirpe-toi de la gaine du moment, la taille de guêpe du bonheur n’a jamais eu besoin de la pression des attentes”. Me voilà, mon sourire le plus infondé aux lèvres.

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Se lancer dans la tendresse demande un capital de ruse. Autant vous avertir, ne montez pas la passion, car elle ne sait qu’avancer.

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À peine sortis de nos respectifs bourbiers, nous voilà humbles tyrans, en train de bâtir la geôle où nous jetterons nos triviales angoisses.

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Malgré la déchirante contumace, en levant la pénible séance je plaide pour une peine commuée en soupir, si peine il doit y avoir.

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Le temps lime la cime de nos sentiments. Il nous faut collecter cette poudre de vécu, avant que l’oubli ne s’en charge.