2011 – les mots, les phrases, le geste de la main

scriitură fragmentară, 2011, în Canada
conține 45 de considerații despre actul de a scrie, în franceză, netraduse.
poate fi descărcată integral de aici.

o selecție :

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longtemps je n’ai rien pu mettre sur papier à cause de la trop grande estime que j’avais pour l’acte sacré d’écrire. cette vénération, je l’ai toujours, et pourtant j’ai pu commencer à noircir mes cahiers. je pense m’avoir libéré de cette résistance au moment où j’ai compris que ce n’était pas le résultat (quoique important lui aussi) qui était essentiel mais l’attitude avec laquelle quelqu’un s’attable pour délivrer ses pensées. ça ressemble beaucoup à l’état que l’on atteint dans la prière; il n’est nullement nécessaire d’être un moine ou bien un grand pécheur, même le quidam peut atteindre dans son coin l’intensité nécessaire pour que l’acte d’écrire se suffise à lui-même, indifféremment de ce qui reste écrit sur la feuille.

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si je reconnais quelque chose de plus grand que la vie, la mienne en tout cas, c’est justement cette activité qui ne purifie pas pour autant, qui n’est pas réconfortante, qui n’éteint aucune tension, qui ne génère pas Le bonheur. et pourtant, humble et sans attentes je m’assois à chaque fois lorsque je me sens digne de toucher au stylo. mon geste ne peut être que modeste, même dans la plus grande outrance que peuvent atteindre mes mots.

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les mots, même terribles, m’attirent. je me laisse porter par leur autonomie et leur offre l’expression qu’ils désirent. je ne comprendrai jamais comment peuvent-ils être aussi noirs alors qu’ils sont en train d’éclairer ma pensée…

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je peux aller assez loin dans mon allégeance envers la chimère de l’art, mais cela ne veut pas dire pour autant que je laisse ces petits monstres qu’elle produit me dicter en retour que faire en dehors du carré blanc de la feuille de papier.

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entre mon encre et mon humeur, c’est la bataille pour une fuligineuse suprématie.

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j’avoue mettre un peu de fiel dans mon encre, mais en même temps personne n’est obligé d’y prendre goût.

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la littérature, quelle pitoyable excuse, l’art, quel labile alibi. impossible pour moi de saisir le noble désir de pousser mon cri de révolte. je n’ai pas de fronde à mener, à peine si je peux produire un bâillement de désaccord. j’exècre le sublime car, de tout temps, il m’a paru un frimeur de première.

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je préfère les livres dans lesquels chaque phrase compte parce que toutes sont gratuites. elles n’annoncent rien car elles ne sont pas romanesquement nécessaires. elles ne sont ni les prémisses ni la suite des autres. comme un village de villas cossues, comparé à la favela promiscue du roman.

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ah, si on pouvait appliquer à la littérature cette distincte division du travail qui existe en musique entre le compositeur et l’interprète. ça m’épargnerait le poids de tout imaginer; je serais l’interprète qui écrirait avec une indicible application les phrases de quelques maîtres qui auraient l’obligeance de me les murmurer à l’oreille. je m’approprierais leur style du mieux de ma calligraphie.

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mes phrases ne sont pas les pointes émergées de l’iceberg de ma pensée… alors il vaut mieux ne pas chercher des sens cachés sous la surface du degré zéro de la compréhension.