2011 – l’année blog

scriitură fragmentară, 365 de fraze cu titlu,
Montreal, 2009-2011, în franceză, netraduse

o selecție :

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on secondary thought


I want this blog to be e-mortal.

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que de joie !



pas d’humiliation précise, ma condition même est humiliante, en tous lieux, à tout moment, comme un fardeau invisible qui m’écrase les épaules. j’erre dans cette ville comme un fantôme honteux de son excessive matérialité, gêné par le fait qu’il peut encore être aperçu…

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fils de chaîne


si même dans le feutre le plus épais de la passion je ne peux m’empêcher d’apercevoir la trame de l’absurde, quelle chance a mon âme de guérir sa sécheresse endémique…?

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allons ziguement !


longtemps, ma principale méthode de contraception fut l’acharnement de faire l’amour dans les plus inconcevables positions…

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bummed out



how do I know I’m not a marginal? ‘cause I tried to mingle with them and I got rejected.

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le pote aux roses

la vie ne fait pas de cadeaux. c’est pour ça qu’il faut se faire des amis.

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tatoo t’a-t-il ôté ton tout ?


j’achète ma baguette. la lle qui me sert se retourne et je vois tatoué Xavier sur sa nuque. se faire tatouer des petites étoiles, des papillons ou des dauphins sur son corps, ça peut aller encore, mais quelle faute de goût que de se faire inscrire le nom de son amant de moment dans son cou. je suis persuadé que Xavier est désormais derrière elle, qu’il n’est plus qu’un souvenir. un souvenir, oh, à quel point indélébile.

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flouer artistiquement

naïvement, les gens me souhaitent de “profiter de ma journée”, sans savoir à quel point je l’abuse moi, ma journée, à quel point je la nique, sans même ressentir le besoin d’être encouragé…

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notre Père qui êtes au Pôle Nord, notre Père qui êtes au point mort.

un prêtre est venu l’autre jour chez mes amis M&L, a n de bénir la maison contre les mauvais esprits. Je n’ai pas pu m’empêcher de le concevoir comme un personnage saisonnier, une sorte de Père Noël en plus macabre… en 2010, au Canada, les deux déguisés sont des potentats représentant deux royaumes purement symboliques, qui fonctionnent sous le même et unique régime du chantage sentimental. le modèle du Père Noël devrait nous apprendre tout de même quelque chose sur l’autre, sur celui du démiurge farouche : il n’y a pas de transcendance dans les grati cations, juste des beaux emballages et de la fausse joie d’offrir produites par un conditionnement mutuel.

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un je de dupe


comment pourrais-je ne pas tromper les autres alors que je suis obligé, a tout instant, de me tromper moi-même, de me faire croire que je suis un autre, plus souhaitable. tromper, c’est aussi évoluer.

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hasard pâteux


le destin n’arrête pas de me rouler dans la farine. bof, du moment où ça me pousse à aller de l’avant…

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the ultimate outsourcing


trop la emme, quoi… si j’étais riche, je trouverais quelqu’un pour vivre à ma place. au moins à mi-temps… ça sera un boulot tellement au noir…

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drogue aigre-douce


pour neutraliser cette saloperie de vitalité que je me découvre chaque matin, chaque matin je m’injecte de l’amorphine.

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crisper son zygomatique


je me sens comme un vieux singe, et pourtant j’ai l’impression d’ignorer quantité de grimaces…

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I give life a bad name


je suis de l’espèce de ceux qui ne montrent jamais leurs bonheurs avant qu’ils ne deviennent des belles cicatrices.

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médiocre par lâcheté


nous naissons tous incompétents, mais uniquement une poignée d’entre nous auront la chance de briguer des positions et des emplois qui révéleront toute la splendeur de leur incompétence. le gros peloton, au sein duquel je me bouscule aussi, non seulement se verra imposer des demi-savoirs ringards, mais il n’aura même pas le culot de refuser de les appliquer. nous gâchons tout avec cette prétention insensée qu’il est possible de performer quoi que ce soit.

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le jeu Descartes


je talonne donc je suis.

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avoir du vécu sur les mains


je peux choisir entre tuer mon temps ou mourir d’ennui, mais je ne peux en aucun cas transcender cet univers du crime. comme si cela ne suf sait pas, j’assomme les autres aussi à coups de platitudes pareilles.

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mini montagnes russes


ah, le geste remontant de se mettre sur la pointe des pieds ! et l’atterrement de retomber aussitôt sur ses plantes…

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linguistic self-abuse


le langage est mon autre organe sexuel. le hic c’est que je n’ai pas encore trouvé de partenaire, et que l’on ne m’a pas appris non plus comment me masturber correctement. vous allez donc me pardonner ces phrases déviantes, que vous lisez, j’en suis persuadé, avec une certaine gêne.

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pontes de l’amalgame


il n’y a qu’une femme qui puisse maîtriser aussi bien l’art de mélanger le rationnel avec l’irrationnel. et par une femme je veux dire toutes les femmes.

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causette sur la disette


le jeûne est un luxe exclusivement réservé aux riches. les pauvres le souillent toujours de leur faim sincère, et le piétinent de leur grand troupeau de vaches maigres.

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dépôt trouble


lorsque je perds mes moyens et en français et en anglais, il reste toujours un peu de lie roumaine dans mon fond lexical.

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une traque patraque


avoir faim d’écrire, et repartir à la chasse des paroles comme un vieux loup affaibli et désabusé, qui ne peut plus se permettre de s’attaquer aux grands mots vivaces. je giboie aux mots malades, vils, atteints par les plus vicieuses signi cations. j’isole un mot abject, et assaille sa chair meurtrie jusqu’à ce que je sois rassasié par son sang infect. dégoûté, je suis à chaque fois in chu de l’achever. ma foret pullule de charognes ambulantes sans autre défense que leur état avancé de décomposition.

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la leçon d’anomalie


comment pourrais-je arborer cette morgue ridicule de l’écrivain, alors que pendant des nuits entières je me suis abaissé à implorer l’aumône de l’inspiration, me suis accroché à sa toge, traîné à genoux, larmoyant et mendiant quelques indulgences stylistiques. comme c’est lamentable de présenter aux autres humains les fruits de cet avilissement, et, qui plus est, de le faire du haut d’une dignité hallucinante de fausseté.

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démocratisation de l’impudeur


je vis le paradoxe du blogueur lambda. je suis en train d’exposer mon intimité, au vu et au su de tout le web, et pourtant je reste complètement méconnu. heureusement, cette intimité n’est qu’accessoire dans le processus, puisque l’acte de tenir un journal est nourri plutôt par mes efforts de persévérer que par un quelconque exhibitionnisme.
 si l’accessibilité planétaire qu’offre Internet est merveilleuse, l’indifférence générale qui en résulte la plupart du temps est navrante. mais l’anonymat me convient parfaitement, puisque l’espace virtuel de ce blog est d’abord un camp d’entrainement personnel, et seulement ensuite une ouverture vers les autres.

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mince alors


du point de vue d’un nutritionniste, mon écriture est pas mal diététique: texte faible en gras, italique pressé à froid, voyelles non-hydrogénées, absence de majuscules glucidiques, et surtout ces signi cations légères, hypocaloriques.

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approchez, ce n’est pas contagieux


à force de me nourrir d’auteurs pourris, j’ai développé cet eczéma que je me plais à appeler mon style.

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instrumentalisation

l’amour ne me fait plus souffrir comme jadis, car il est dégouté de voir à quel point j’exploite la moindre douleur à des ns littéraires.

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sécher l’encre


la seule posture authentique de l’écrivain est l’attente stérile devant la page blanche. lorsqu’il passe à l’acte, que ce soit grâce à un accès d’inspiration qui le transcende donc ne le dé nit pas, ou bien l’accouchement d’un texte médiocre sous la pression que lui met son statut, il n’est en fait que l’usurpateur de sa vraie nature d’improductif.

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insouciance certifiée

mes phrases ont la frivolité de la poésie, sans pour autant jouir de sa grâce. mais bon, si j’avais voulu assumer ce que j’écris, j’aurais fait notaire.

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à la dérive


obligé par ma condition à nager dans un océan de médiocrité, je mets un point d’honneur à faire la planche.

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cuirasse

ma quelconquitude a souvent été mise à l’épreuve mais jamais vainque. ma quelconquitude ne donne même pas à penser, elle ne laisse même pas songeur… ma quelconquitude a la peau dure…

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je me fais confiance

en général, mes mots trouvent mieux que ce que j’aurais pu dire.

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frisson artistique


depuis un bout de temps quelque chose hurle en moi, comme une inclamation, et me demande de la laisser sortir. ah, poésie, je te tiens, salope !