séances oct

commen­taires récuiellies lors des deux séances d’analyse de données
LOG — octobre 2009


(218) « […] la sévérité, même un peu forte, les conflits, tout ça, non, ce qui est grave, c’est quand il y a… mépris des enfants; aux deux sens, je dirai, mépris pour les enfants, et mépris de la part des enfants, d’ailleurs ça va ensemble […].» [Oral, réunion parents d’élèves, janv. 84]

Mathieu soupçonne dans cet exemple une intention de la part du parent de prendre le plancher : la prépo­sition des serait alors juste un alibi linguistique — si jamais on peut démontrer que le commentaire métalin­guistique est prémédité — pour le locuteur, afin qu’il s’étende un peu plus que le temps de parole qui lui est alloué. Cela peut effec­ti­vement se justifier comme un alibi, donc dans ce cas-ci les dispo­sitions normatives sont mobilisées comme un outil rhétorique. Le rapport à la norme s’apparente ici à un levier discursif, elle sert de base sémantique sur laquelle on peut élaborer le discours. La possi­bilité d’interpréter de deux façons l’expression “mépris des enfants” permet au locuteur de structurer ses idées, en l’affirmant d’abord pour ensuite la déplier et pour définir les deux sens, et en finissant par les rejoindre en les déclarant complé­men­taires. Je dirais qu’il y a une super­po­sition des actions, car cette fois-ci la boucle réflexive ne suspend pas le raison­nement (comme elle le fait la plupart des cas), elle le continue pendant cette expli­ci­tation des sens qu’implique la prépo­sition des.


François avance que l’agency du discours existe parce qu’il contient du conven­tionnel (qui est mobilisé par le locuteur mais qui dépasse en même temps le vouloir-faire de ce dernier), le langage n’est pas uniquement un outil que l’on peut manipuler à sa guise, mais il a aussi une certaine autonomie qui se matérialise dans l’interaction.

S’il n’y avait pas du conven­tionnel dans le discours, le texte ne serait que ce que le locuteur voulait lui faire dire. Mais, en même temps, le conven­tionnel implique un degré de maîtrise des ses détails, et par conséquent un manque de perfection dans la connaissance des toutes les “ententes” établies à l’intérieur d’une communauté. Il y a donc un perpétuel risque de trahison des intentions de l’auteur du discours. Ainsi, la norme n’existe qu’à travers les manières normales de parler, et ces manières butent sur leurs diffé­rences consti­tutives lorsqu’elles entrent en contact.


Je retiendrai un énoncé du type : « Il tenait des propos que je n’ai pas peur d’appeler d’extrême gauche. »,
même si, en apparence, la peur n’est pas un critère de gramma­ti­calité,
mais j’écarterai des énoncés comme : « Il y avait peut-être cinq mille, mais que dis-je, dix mille manifestants. »,
puisque on peut perti­nemment relier le fragment méta-énonciatif « mais que dis-je » à une erreur d’appréciation / évaluation, dénom­brement (extra­lin­guistique) et non pas à une « problème d’appellation ». Une évaluation purement mathé­matique contre une appel­lation portant à la fois : sur les propos et sur les mots qui pourraient qualifier ces propos. La relation qui s’établit entre les mots et la chose qui est nommée est problé­matique et ce « n’allant pas de soi » du processus est signalé par le locuteur dans une boucle réflexive.


Nicolas se questionne sur l’importance de l’ordre d’apparition du méta : avant ou après le mot / l’expression problématique :

  • si le mot / l’expression est “annoncé” on peut avancer objec­ti­vement qu’il y a une prise en compte du caractère problé­matique avant même la pronon­ciation. (peut-on toujours appeler cela une boucle réflexive ? — je la vois plus comme une sorte de mise en exergue orale — un avertis­sement — un avis (préli­minaire) : je m’avise d’utiliser le mot / l’expression)
  • si la boucle réflexive vient après le mot, on ouvre objec­ti­vement la voie à un possible effet de surprise pour le locuteur qui essaye alors de rattraper ce que lui a échappé.

Le corpus auquel j’ai accès présente en fait surtout les cas de résolution heureuse de ces hic (accrocs), mais il faut penser aussi aux situations d’interaction où, même si un mot pose problème, il ne sera pas « annoté » (enveloppé d’une annotation, d’une glose orale).


Boris dit que la norme n’est pas “normale” lorsqu’elle ne me définit pas, lorsque je tente de m’en dissocier. Mais j’opine que l’on peut affirmer aussi le contraire, à savoir que la norme me définit aussi par sa négation, car en prenant position par rapport à une expression je me définis comme n’étant pas semblable à ceux qui sont « norma­lement » associés à cette expression. À moi de me rendre compte plus tard que les boucles réflexives apparaissent surtout lorsque la norme n’est pas partagée…

Boris ajoute qu’un standard qui n’est pas partagé par tous n’est pas vraiment un standard. Je nuance en argumentant que justement la complexité de la norme couvre le fait qu’il y ait des mots rares, qui ne sont donc ni utilisés ni connus par tout le monde, mais qui sont reconnus en tant que tels. Connaître la loi et la suivre sont deux choses distinctes, et on ne peut pas dire d’un cambrioleur qui enfreint la loi en prenant toutes les précautions pour ne pas se faire attraper qu’il ne la connaît pas ou qu’elle ne représente rien pour lui. Poussée à l’extrême, cette logique nous permet de rappeler  la célèbre phrase : “les lois qui ne peuvent pas être enfreintes sont des lois inutiles”.


François dit que la norme est une autono­mi­sation de la manière dont je parle, (que je cultive de façon consciente ou incons­ciente) et qui devient apparente lorsque je suis confronté à un mot qui ne fait pas partie de mon vocabulaire usuel, moment où ma façon habituelle de parler me pousse à signifier cet écart.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>